LABADIE (JEAN )

Fanatique du dix-septième siècle, né en 1610 à Bourg sur la Dordogue. Il se crut un nouveau Jean-Baptiste, envoyé pour annoncer la seconde venue du Messie, et s'imagina qu'il avait des révélations. Il assurait que Jésus-Christ lui avait déclaré qu'il l'envoyait sur la terre comme son prophète. Il poussa bientôt la suffisance jusqu'à se dire revêtu de la divinité et participant du nom et de la substance de Notre Seigneur. Mais il joignit à l'ambition d'un sectaire le goût des plaisirs; il disait servir à ses odieux projets le masque de la religion, et il ne fut qu'un détestable hypocrite. Il mourut en 1674.

 LABOUR

Pays de Gascogne dont les habitants s'adonnaient au commerce et entre­prenaient de longs voyages, où ils croyaient que le diable les protégeait. Pendant que les hommes étaient absents, Delancre dit que les femmes devenaient d'habiles sorcières. Henri IV envoya en 1609 ledit Pierre Delancre, conseiller au parlement de Bordeaux, pour purger le pays de ces sorciers, qui, instruits de son arrivée, s'enfuirent en Espagne. Il en fit toutefois brûler quelques­ uns.

 LACHANOPTERES

Animaux imaginaires que Lucien place dans le globe de la lune. C'étaient de grands oiseaux couverts d'herbes au lieu de plumes.

 LACHUS

Génie céleste, dont les Basilidiens gravaient le nom sur leurs pierres d'aimant magique; ce talisman préservait des enchantements.

 LACI (JEAN)

Auteur d'un ouvrage intitulé Avertissements prophétiques, publié en 1708, un vol. in-8°; il parut différents ouvrages de cette sorte à l'occasion des prétendus pro­phètes des Cévennes.

 LAENSBERGH ( MATHIEU )

Liégeois célèbre qui passe parmi le peuple pour le plus grand mathématicien, astrologue et prophète des temps modernes. Ses prédictions trouvent en­core, dans les campagnes, de bonnes gens qui se feraient scrupule d'en douter, et qui, quand son almanach prédit de la pluie pour un jour de beau temps, se contentent de dire «  Il peut ailleurs »

Le premier almanach de Mathieu Laensbergh a paru eu 1636.

 LÆTITIA

Figure de géomancie dont le nom français est la joie, le nom populaire, la généreuse, et le nom populaire arabe, le barbu. Elle exprime la joie, l'expansion heureuse, tout ce qui donne du bonheur avec une idée de lenteur. Idée surtout morale et intellectuelle : le bien et la joie par le bien, la bienfaisance. Correspondances : Air, Jupiter.

 LAFIN ( JACQUES )

Sorcier qui fut accusé d'envoûtement; on dit même qu'on trouva sur lui des images de cire qu'il faisait parler

 LAICA

Nom de fées chez les Péruviens. Les laicas étaient ordinairement bienfaisantes, au lieu que la plupart des autres magiciennes mettaient leur plaisir à faire du mal.

 LAMIA

Reine de Libye, qui fendait le ventre des femmes grosses pour dévorer leurs fruits. Elle a donné son nom aux lamies.

 LAMIES

Démons mauvais, qu'on trouve dans les déserts sous des figures de femmes, ayant des têtes de dragon au bout des pieds. Elles hantent aussi les cimetières, y déterrent les cadavres, les mangent, et ne laissent des morts que les ossements.

A la suite d'une longue guerre, on aperçut dans la Syrie, pendant plusieurs nuits, des troupes de lamies qui dévoraient les cadavres des soldats inhumés à fleur de terre. On s'avisa de leur donner la chasse, et quelques jeunes gens en tuèrent plusieurs à coups d'arquebuse; il se trouva le lendemain que ces lamies n'étaient plus que des loups et des hyènes.

 LAMOTTE LE VAYER (FRANÇOIS)

Littéra­teur, né à Paris en 1588, et mort en 1612. C'était, selon Naudé , le Plutarque de la France, ressemblant aux anciens par ses opinions et ses moeurs. Il a laissé des Opuscules sur le Sommeil et les Songes, in-8", Pa­ris, 1643.

 LAMPADOMANCIE

Divination dans laquelle on observait la forme, la couleur et les divers mouvements de la lumière d'une lampe, afin d'en tirer des présages pour l'a­venir.

 LAMPE MERVEILLEUSE

Il y avait à Pa­ris, du temps de saint Louis, un rabbin fameux, nommé Jéchiel, grand faiseur de prodiges, et si habile à fasciner les yeux par les illusions de la magie ou de la physique, que les Juifs le regardaient comme un de leurs saints, et les Parisiens comme un sorcier. La nuit, quand tout le monde était couché, il travaillait à la clarté d'une lampe merveilleuse, qui répandait dans sa chambre une lumière aussi pure que celle du jour. Il n'y mettait point d'huile; elle éclairait continuellement, sans jamais s'éteindre, et sans avoir besoin d'aucun aliment.

On disait que le diable entretenait cette lampe et venait passer la nuit avec Jéchiel. Aussi tous les passants heurtaient à sa porte pour l'interrompre. Quand des seigneurs ou d'honnêtes gens frappaient, la lampe jetait une lueur éclatante, et le rabbin allait ouvrir ; mais toutes les fois que des importuns faisaient du bruit pour le troubler dans son travail, la lampe pâlissait ; le rabbin, averti, donnait un coup de marteau sur un grand clou fiché au milieu de la chambre ; aussi fit la terre s'entrouvrait et engloutissait les mauvais plaisants

Les miracles de la lampe inextinguible étonnaient tout Paris. Saint Louis, en ayant entendu parler, fit venir Jéchiel , afin de le voir ; il fut content, disent les Juifs , de la science étonnante de ce rabin

 LAMPES PERPETUELLES

En ouvrant quelques anciens tombeaux , tels que celui de la fille de Cicéron, on trouva des lampes qui répandirent un puu de lumière pendant quelques moments , et même pendant quel­ques heures; d'où l'on a prétendu que ces lampes avaient toujours brûlé dans les tom­beaux.

 LAMPON

Devin d'Athènes. On apporta un jour à Périclès, de sa maison de campagne, un bélier qui n'avait qu'une corne très-forte au milieu du front ; sur quoi Lampon pro­nostiqua ( ce que tout le monde prévoyait ) que la puissance , jusqu'alors partagée en deux factions, celle de Thucydide et celle de Périclès , se réunirait dans la personne de celui chez qui ce prodige était arrivé.

 LAMPROIES

Poisson à qui on a donné neuf yeux ; mais ont a reconnu que c'était une erreur populaire, fondée sur ce que les lamproies ont sur le côté de la tête des cavi­tés, qui n'ont aucune communication avec le cerveau .

 LANGEAC

Ministre de France, qui employait beaucoup d'espions, et qui fut souvent accusé de communiquer avec le dia­ble.

 LANGUE

On lit dans Diodore de Sicile que les anciens peuples de la Taprohane avaient une langue double, fendue jusqu'à la racine , ce qui animait singulièrement leur conversation et leur facilitait le plaisir de parler à deux personnes en même temps.

Mahomet vit dans son paradis des anges bien plus merveilleux; car ils avaient chacun soixante-dix mille têtes, à chaque tête soixante-dix mille bouches, et dans chaque bouche soixante-dix mille langues qui par­laient chacune soixante-dix mille idiomes différents.

 LANGUET

Curé de Saint- Sulpice, qui avait un talent tout particulier pour l'expulsion de certains esprits malins. Quand on lui amenait une de ces prétendues possédées que les convulsionnaires ont produites, et qui ont donné matière à tant de scandales, il accou­rait avec un grand bénitier plein d'eau com­mune, qu'il lui versait sur la tête, en disant: - Je t'adjure de te rendre tout à l'heure à la Salpêtrière, sans quoi je t'y ferai conduire à l'instant. - La possédée ne reparaissait plus.

 LAPIS-LAZULI

Pierre à laquelle l'antiquité grecque donnait le nom de Jupiter parce qu'elle servait à assommer les victimes dans les sacrifices consacrés aux traités de paix. Selon certains, c'est un lapis que Rhéa donna à dévorer à Saturne (selon d'autres, c'est l'Abadir, ou Be­tyle ou Bætile). Par ailleurs, la croyance populaire fait de cette pierre un être vivant, à cause des changements de coloration qu'elle offre au cours du temps.

 LARVES ou LEMURES

Les Romains fêtaient une fois l'an, la Lemuria, cérémonie pendant laquelle tous les temples étaient tenus clos. Elle se célébrait en l'honneur des Lemures ou spectres des désincarnés malheureux. Pendant la période de cette cérémonie, on ne se mariait pas. La Lemuria avait pour but le rachat de ces âmes malheureuses. Dans le vocabulaire contemporain, les larves sont aussi des esprits désincarnés, mais incomplets ou élémentaires. Tantôt, on les considère comme des sortes de monstres de l'astral des ratés de la réincarnation, tantôt comme des êtres appelés à l'existence par des moyens coupables et anormaux (fabrication d'homuncules, magie, masturbation), tantôt comme des forces magiques faites pour attendre une nouvelle refonte, tantôt comme des parasites de l'astral.

En magie populaire plus qu'en spiritisme, mais d'une façon générale, les larves sont données pour dangereuses. Notamment, leur propension au para­sitisme fait qu'elles peuvent se fixer à l'être imprudent qui fait de la magie sans connaissances suffisantes, ou qui sombre dans l'inconscience dans de mauvaises conditions (dédoublement manqué, etc...). Il est difficile d'exprimer une opinion valable sur la chose si l'on ne prend pas la précaution de distinguer les formes qui peuvent apparaître incomplètement (mais ne procèdent que d'un fluide), les entités qui peuvent se matérialiser ou, positivement, « exister en ambiance » dans les expériences de magie et qui sont des projections de mécanismes montés à partir du fluide psychique individuel ou collectif, et les histoires procédant purement et simplement de l'affabulation. En tout état de cause, il faut éviter à coup sûr de mêler des notions morales aux faits naturels, c'est le meilleur moyen de faire le point sur des légendes qui courent sans être jamais appuyées sur des observations dignes de foi.

 LAUNAY (JEAN)

Célèbre docteur de Sorbonne, né à Valdéric, diocèse de Coutances. Il a laissé une dissertation pédantesque sur la vision de saint Simon Stock, qu'il n'a pas su comprendre, étant un peu janséniste ; un vol. in-8°; Paris , 1653 et 1663.

 LAURIER

Arbre qu'Apulée met au rang des plantes qui préservent les hommes des esprits malins. On croyait aussi chez les an­ciens qu'il garantissait de la foudre.

 LAUTHU

Magicien tunquinois, qui prétendait avoir été porté soixante-dix ans dans le sein de sa mère. Ses disciples le regardaient comme le créateur de toutes choses. Sa morale est très relâchée; c'est celle que suit le peuple, tandis que la cour suit celle de Con­fucius.

 LAVATER ( LOUIS )

Théologien protestant, né à Kihourg en 1527, auteur d'un traité sur les spectres, les lémures,etc.,Zurich, 1570, in-12, plusieurs fois réimprimé.

 LAVANDIERES DE LA NUIT

Femmes fantomatiques que les Bretons disent s'occuper, la nuit, à laver du linge dans les lavoirs isolés ou dans des cours d'eau, à des endroits déserts. Le passant qu'elles aperçoivent est invité à s'approcher d'elles et à tordre leur linge. Il ne lui est fait aucun mal. Mais s'il refuse ou s'y soumet en maugréant, son bras se casse invariablement, outre qu'il a quelquefois droit aussi à un bain forcé.

 LAVISARI

Cardan écrit qu'un Italien nommé Lavisari, conseiller et secrétaire d'un prince, se trouvant une nuit seul dans un sentier, le long d'une rivière, et ne sachant où était le gué pour la passer, poussa un cri, dans l'espoir d'être entendu des environs. Son cri ayant été répété par une voix de l'autre côté dle l'eau, il se persuada que quelqu'un lui répondait, et demanda : -Dois-je passer ici ?

La voix lui répondit : -Ici.

Il vit alors qu'il était sur le bord d'un gouffre où l'eau se jetait en tournoyant. Epouvanté du danger que ce gouffre lui pré­sentait, il s'écrie encore une fois : - Faut-il que je passe ici ?

La voix lui répondit : - Passe ici.

Il n'osa s'y hasarder, et, prenant l'écho pour le diable , il crut qu'il voulait le faire périr et retourna sur ses pas.

 LECANOMANCIE

Autre nom de la Gastromancie. On donnait ce nom à une divination par les sons que produisaient pierres ou lames métalliques sur lesquelles on inscrivait des signes et qui étaient jetées dans un bassin plein d'eau.

 LÉGIONS

Il y a aux enfers six mille six cent soixante-six légions de démons.

Chaque légion de l'enfer se compose de six mille six cent soixante-six diables , ce qui porte le nombre de tous ces démons à quarante-quatre millions quatre cent trente-cinq mille cinq cent cinquante-six, à la tête desquels se trouvent soixante-douze chefs , selon le calcul de Wierus.

Mais d'autres doctes différemment informés élèvent bien plus haut le nombre des démons.

 LELEU (AUGUSTIN)

Contrôleur des droits du duc de Chaulnes sur la chaîne de Piquigny, qui demeurait à Amiens, rue de l'Aventure , et dont la maison fut infestée de dé­mons pendant quatorze ans. Après s'être plaint , il avait obtenu qu'on fit la bénédiction des maisons infestées ; ce qui força les diables à détaler

 LEMIA

Sorcière d'Athènes, qui fut punie du dernier supplice , au rapport de Démosthène , pour avoir enchanté , charmé et fait périr le bétail; car dans cette république on avait établi une chambre de justice desti­née à poursuivre les sorciers

 LEMNIUS ou LEMMENS (LIEVIN)

Né en 1505 à Ziriczée en Zélande, médecin et théologien , publia un livre sur ce qu'il y a de vrai et de faux en astrologie, et un autre sur les merveilles occultes de la nature

 LÉMURES

Génies malfaisants ou âmes des morts damnés qui reviennent tourmenter les vivants , et dans la classe desquels il faut mettre les vampires. On prétend que le nom de Lémure est une corruption de Rémure, qui vient à son tour du nom de Rémus, tué par Romulus, fondateur de Rome; car après sa mort les esprits malfaisants se répaudirent dans Rome

 LESCOT

Devin de Parme qui disait indifféremment à tout homme qui en voulait faire l'essai : « Pensez ce que vous voudrez, et je devinerai ce que vous pensez, » parce qu'il était servi par un démon

 LESPÈCE

Italien qui fut avalé pendant le séjour de la flotte française au port de Zante, sous le règne de Louis XII. Il était dans le brigandin de François de Grammont. Un jour, après avoir bien bu, il se mit à jouer aux dés, et perdit tout son argent. Il maugréa Dieu, Ies saints, la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, et invoqua le diable à son aide. La nuit venue, comme l'impie commençait à ronfler, un gros et horrible monstre, aux yeux étincelants, ap­procha du brigandin. Quelques matelots prirent cette bête pour un monstre marin, et voulurent l'éloigner; mais elle aborda le navire, et alla droit à l'hérétique, qui fuyait de tous côtés. Dans sa fuite il trébucha, et tomba dans la gueule de cet horrible serpent

 LÉTHÉ

Fleuve qui arrosait une partie du Tartare, et allait jusqu'à l'Elysée. Ses ondes faisaient oublier aux ombres, forcées d'en boire, les plaisirs et les peines de la vie qu'elles avaient quittée.

On surnommait le Léthé le fleuve d'Huile, parce que son cours était paisible, et par la même raison Lucain l'appelle deus Tacitus, le dieu du silence ; car il ne faisait entendre aucun murmure.

C'était aux bords du Léthé que les âmes des méchants, après avoir expié leurs crimes par de longs tourments, venaient perdre le souvenir de leurs maux et puiser une nou­velle vie. Sur ses rives, comme sur celles du Cocyte, on voyait une porte qui communi­quait au Tartare

 LETTRES INFERNALES

Ou Lettres des campagnes infernales, publiées en 1734. Ce n'est qu'une satire contre les fermiers généraux.

 LEUCE-CARIN

Hérétique du second siècle, auteur apocryphe d'un livre intitulé : Voyages des apôtres.

 LEUCOPHYLLE

Plante fabuleuse qui, se­lon les anciens, croissait dans le Phase, fleuve de la Colchide. On lui attribuait la vertu d'empêcher les infidélités; mais il fallait la cueillir avec de certaines précautions, et on ne la trouvait qu'au point du jour, vers le commencement du printemps, lorsqu'on célébrait les mystères d'Hécate.

 LEVITATION

En métapsychique, on appelle lévitation le phénomène par lequel un corps matériel peut être soumis à une force psychique et notamment une force ascensionnelle. Le plus souvent, cette force s'exerce sur des objets légers et particulièrement des tables légères. On signale aussi des cas d'auto-lévitation, c'est-à-dire dans lesquels l'opérateur lui-même peut s'élever au-dessus du sol. Autant les faits de télergie semblent prouvés et faciles à prouver, autant on manque de documents valables sur les faits d'auto-lévitation. Ce « vol » dans les airs fait si intimement partie des mythes chers à tous les temps, qu'il faut penser d'abord à la possibilité d'une suggestion collective ou d'une transfor­mation des faits par les témoignages et leur transmission. Jusqu'à nouvel ordre, une extrême prudence s'impose dans ce domaine.

 LÉZARDS

Les Kamtschadales en ont une crainte superstitieuse. Ce sont, disent-ils, les espions de Gaeth (dieu des morts), qui viennent leur prédire la fin de leurs jours. Si on les attrape, on les coupe en petits morceaux pour qu'ils n'aillent rien dire au dieu des morts. Si un lézard échappe, l'homme qui l'a vu tombe dans la tristesse, et meurt quel­quefois de la peur qu'il a de mourir.

Les habitants des deux bords du Sénégal ne veulent pas souffrir au contraire qu'on tue les lézards autour de leurs mai­sons. Ils sont persuadés que ce sont les âmes de leurs pères, de leurs mères et de leurs proches parents, qui viennent faire le folgar, c'est-à-dire se réjouir avec eux

 LIBANIUS

Magicien né en Asie, qui, pendant le siège de Ravenne par Constance, envoyait des moyens magiques en place d'armes pour vaincre les ennemis

 LIBANOMANCIE

Divination qui se faisait par le moyen de l'encens. Voici, selon Dion Cassius, les cérémonies que les anciens pra­tiquaient dans la libanomancie. On prend, dit-il, de l'encens, et, après avoir fait des prières relatives aux choses que l'on deman­de, on jette cet encens dans le feu, afin que sa fumée porte les prières jusqu'au ciel. Si ce qu'on souhaite doit arriver, l'encens s'allume sur-le-champ, quand même il serait tombé hors du feu; le feu semble l'aller cher­cher pour le consumer. Mais si les voeux qu'on a formés ne doivent pas être remplis, ou l'encens ne tombe pas dans le feu, ou le feu s'en éloigne et ne le consume pas. Cet oracle, ajoute-t-il, prédit tout, excepté ce qui regarde la mort et le mariage.

 LIBERTINS

Fanatiques qui s'élevèrent en Flandre au milieu du seizième siècle et qui se répandirent en France, où ils eurent pour chef un tailleur picard nommé Quintin. Ils professaient exactement le panthéisme des philosophes de nos jours, et les rêveurs allemands les copient. Ils regardaient le paradis et l'enfer comme des illusions, et se livraient à leurs sens. Le nom qu'ils se donnaient, comme affranchis, est devenu une injure.

 LICORNE

La corne de licorne préserve des sortiléges. Le cardinal Torquemada, dit ­on , en avait toujours une sur sa table. Les licornes du cap de Bonne-Espérance sont dé­crites avec des têtes de cheval, d'autres avec des têtes de cerf. On dit que le puits du palais de Saint-Marc ne peut être empoisonné, parce qu'on y a jeté des cornes de licornes. On est d'ailleurs indécis sur ce qui concerne ces animaux, dont la race semble perdue.

 LIERRE

Les Flamands appellent le lierre fil du diable (Duivels-Naaigaren).

 LIÈVRE

On raconte des choses merveilleuses du lièvre. Evax et Aaron disent que si l'on joint ses pieds avec la tête d'un merle, ils rendront l'homme qui les portera si hardi, qu'il ne craindra pas même la mort.

Celui qui se les attachera au bras ira partout où il voudra, et s'en retournera sans danger.

Que si on en fait manger à un chien, avec le coeur d'une belette, il est sûr qu'il n'obéira jamais, quand même on le tuerait.

Si des vieillards aperçoivent un lièvre tra­versant un grand chemin, ils ne manquent guère d'en augurer quelque mal. Ce n'est pourtant, au fond, qu'une menace des anciens augures exprimée en ces termes : Inauspi­catum dat iter oblatus lepus. Cette idée n'a­vait apparemment d'autre fondement, si ce n'est que nous devons craindre quand un animal timide passe devant nous ; comme un renard, s'il y passe aussi, nous présage quel­que imposture.

 LIÈVRE (LE GRAND)

Les Chipiouyans, peu­plade sauvage qui habite l'intérieur de l'Amérique septentrionale, croient que le Grand Lièvre, nom qu'ils donnent à l'Etre suprême , étant porté sur les eaux avec tous les quadrupèdes qui composaient sa cour, forma la terre d'un grain de sable tiré de l'Océan, et tira les hommes des corps des animaux. Mais le Grand Tigre, dieu des eaux, s'op­posa aux desseins du Grand Lièvre. Voilà, suivant eux, les principes qui se combattent perpétuellement.

 LIGATURE

On donne ce nom à un maléfice spécial, par lequel on liait et on paralysait quelque faculté physique de l'homme ou de la femme.

On appelait chevillement le sortilége qui fermait un conduit et empêchait par exem­ple les déjections naturelles. On appelait embarrer l'empêchement magique qui empêchait un mouvement. On appelait plus spécialement ligature le maléfice qui affectait d'impuissance un bras, un pied ou tout au­tre membre.

Le plus fameux de ces sortiléges est celui qui est appelé dans tous les livres où il s'a­git de superstitions, dans le curé Thiers, dans le père Lebrun et dans tous les autres, lenouement de l'aiguillette ou l'aiguillette nouée, désignation honnête d'une chose honteuse. C'est au reste le terme populaire.

Cette matière si délicate, que nous aurions voulu pouvoir éviter, tient trop de place dans les abominations superstitieuses pour être passée sous silence.

Les rabbins attribuent à Cham l'invention du nouement de l'aiguillette.

Les Grecs con­naissaient ce maléfice. Platon conseille à ceux qui se marient de prendre garde à ces char­mes ou ligatures qui troublent la paix des ménages. On nouait aussi l'aiguillette chez les Romains ; cet usage passa des magiciens du paganisme aux sorciers modernes. On nouait surtout beaucoup au moyen âge. Plusieurs conciles frappèrent d'anathème les noueurs d'aiguillettes; le cardinal du Perron fit même insérer dans le rituel d'Evreux des prières contre l'aiguillette nouée; car jamais ce maléfice ne fut plus fréquent qu'au seizième siècle.

« Le nouement de l'aiguillette devient si commun, dit Pierre Delancre, qu'il n'y a guère d'hommes qui s'osent marier , sinon à la dérobée. On se trouve lié sans savoir par qui, et de tant de façons, que le plus rusé n'y comprend rien. Tantôt le maléfice est pour l'homme, tantôt pour la femme, ou pour tous les deux. Il dure un jour , un mois , un an. L'un aime et n'est pas aimé; les époux se mordent, s'égratignent et se repoussent; ou bien le diable interposent entre eux un fan­tôme, etc. »

Le démonologue expose tous les cas bizar­res et embarrassants d'une si fâcheuse circonstance.

Mais l'imagination, frappée de la peur du sortilége, faisait le plus souvent tout le mal.

 LIGNE D’AMBITION

Ligne de la main qui débute sur la ligne de vie à la hauteur du Mont de Jupiter et se dirige vers le médius. On la voit dans quelques cas prendre naissance dans le Mont de Vénus.

 LIGNE DE CHANCE

Selon la tradition, la ligne de chance prend naissance vers la racette pour se diriger vers le médius. En fait, elle peut aussi bien partir du Mont de la Lune, du Mont de Vénus, de la Plaine de Mars. Elle est souvent en plusieurs branches, partant d'un seul ou de plusieurs points pour se diriger soit vers le médius, soit vers le Mont du Soleil et prend ainsi des sens différents quant à la chance. On peut donc considérer plusieurs chances possibles (agissant à des moments différents) dans une seule main.

 LIGNE DE COEUR

Sillon qui prend naissance soit au niveau du premier espace interdigital, soit sur le Mont de Jupiter, soit en embran­chement sur l'origine de la ligne de tête. On considère que, très incurvée. elle dénote un tempérament affectif ; trop rectiligne, elle signifierait une sécheresse de coeur. En fait : la rectitude de la ligne de coeur n'est souvent que le signe d'une défensive de l'individu contre son affectivité, les sillons n'étant jamais que des courants ne prenant leur signification réelle qu'en regard des autres éléments observés. C'est sur cette ligne de coeur que se lit le déroulement de la vie affective.

 LIGNE DE TETE

Sillon prenant naissance au départ de la ligne de vie et traversant la paume dans le sens de la largeur selon une incli­naison plus ou moins marquée vers le Mont de la Lune. On lui attribue, selon sa distance de la ligne joignant la naissance des doigts, la signification d'une plus ou moins grande intelligence. Selon sa longueur, une plus ou moins grande mémoire. Il s'avère que cette ligne exprime le tonus moral plus que tout autre chose. La ligne de tête n'est pas toujours reliée à la ligne de vie. Dans ce cas, elle dénote une cérébralité excessive et une hyper­thyroïdie constitutionnelle.

 LIGNE DE VIE

Sillon cutané délimitant dans la paume de la main l'éminence Thénar ou Mont de Vénus. La tradition lui attribue une longueur proportionnelle à la durée de la vie. Mais la simple observation montre qu'il s'agit plutôt du courant vital qui s'exprime avec plus ou moins d'intensité, de régularité, de durée au cours de la vie. Une ligne doublant la ligne de vie indique une résistance nerveuse très supérieure à la normale.

 LIEVRE

Cet animal n'a pas de rôle particulier dans la mythologie gréco-latine, mais jouit au contraire, sous le nom de « grand livre », d'une grande vénération dans la mythologie des Indiens. Ils donnent souvent son nom à l'Etre Suprême, pensant que lorsqu'il était porté sur les grandes eaux avec tous les quadrupèdes qui composaient sa cour, il forma la terre d'un grain de sable tiré du fond de l'océan, et les hommes des corps morts des animaux : le lièvre est lié à l'idée d'enfance, c'est-à-dire de croissance et d'évolution. C'est dans ce sens qu'il figure sur la Lame X du Tarot.

 LILITH

Démone des lieux désertiques et maudits. C'est la démone succube que redoute Isaïe (XXXIV. 14) et les traditions assyriennes. Lilith séduisit Adam, selon la tradition rabbinique, avant que celui-ci connût Eve et, de là, naquirent des démons. Cette reine du désert et de la nuit a traversé les légendes et les astrologues modernes en ont fait un astre fictif (le second centre de l'orbite lunaire le premier centre de l'ellipse étant la Lune), dont les attributions principales seraient l'intensification, dans les deux sens de la destruction par rationalisation et de l'évolution par le psychique. A vrai dire, le dogme de Lilith n'est pas encore fixé. Si les astrologues croient devoir le faire, il semble qu'ils de­vraient s'inspirer du sens mythologique de cette Entité. On sait que Lilith est la forme féminine de Samael, le tentateur d'Eve, l'ange du poison et de la mort, Satan. On la dit aussi sa femme, dans la Kabbale, et sa soeur selon d'autres traditions. La Lilith du Talmud est la prostituée, la maîtresse des débauches. La Lilith de la Kabbale moderne et de la science pantaculaire est la puissance de la nuit. Les sages-femmes juives utilisent encore, dit-on, l'invocation à Lilith en faisant écrire sur les murs de la chambre où va accou­cher une femme, la formule : « Adim ch Anah Chouts Lilith », « Que Lilith soit éloignée d'ici ».

Ce double personnage Lilith-Satan appelle une analogie évidente : avant de s'appeler Satan, ce prince des démons s'appelait Lucifer. Or, le double de Lucifer est Vénus. Lilith, comme Vénus, est spécialisée dans la tentation de la chair ; elle pourrait être une Vénus déchue et vouée aux Ténèbres. Qu'on en fasse un foyer lunaire, cela correspond peut-être à ce qu'elle est, par rapport au second foyer (la Lune), une Terre noire (l'enfer). (Hécate est une Lune noire à ne pas confondre. Elle a pour correspondance Diane sur la terre et Proserpine aux Enfers). Nous livrons en passant ces quelques considérations aux astrologues.

 LION

Le symbolisme du Lion procède de l'oeuvre réalisée, du rayonnement, d'honneur, de générosité et de noblesse. C'est vraiment le lion au désert, le roi sur son trône, le soleil au milieu des planètes et la stérilité de cette position, contrastant avec la richesse qui s'y attache. C'est le don gratuit de l'aristocrate vrai, la magnanimité, l'inaccessibilité, la réalité et non le décor, l'honorabilité vraie et non la réputation, le mérite vrai et non la façade mais quelquefois aussi le despotisme dans la dignité. Correspondances : Chaleur, Sécheresse, Stérilité, Feu, jour, Positif, Masculin, Eté, Roi, Christ. Couleur : Jaune d'or. Métal : l'or. Minéraux : Chrysolithe, Rubis, Hyacinthe. Partie du corps : le dos, le coeur. Planètes : domicile du Soleil, Saturne y est en exil.

 LITHOMANCIE

Divination par le moyen de plusieurs cailloux qu'on poussait l'un contre l'autre et qui formaient à chaque choc des figures différentes.

 LIVRES AUGURAUX

Les objets sur lesquels les augures exerçaient leur science se réduisent à douze chefs:

1 °) L'entrée des animaux dans une maison, domestiques ou sauvages.

2 °) Les animaux qui se présentaient inopinément sur le chemin d'un voyageur.

3 °) La foudre, l'incendie d'une maison, etc...

4 °) Un rat qui rongeait les meubles, un loup qui emportait une brebis, un renard qui mangeait une poule et autres incidents de cette espèce.

5 °) Un bruit que l'on entendait dans la maison et que l'on croyait venir d'un esprit ou d'un feu-follet.

6 °) Un oiseau qui se laissait tomber sur le chemin ou se laissait prendre, un hibou qui chantait, une corneille qui criait, etc...

7 °) Un chat qui, contre la coutume, entrait dans la pièce par un trou (ou tout autre animal), et qui était considéré comme un mauvais génie.

8 °) Une chandelle ou un flambeau qui s'éteignait, ce que l'on croyait da à la présence d'un démon.

9 °) Le pétillement du feu qui était considéré comme le langage de Vulcain.

10 °) Les étincelles projetées par le foyer.

11 °) Les irrégularités et danses de la flamme, qui passaient pour être le langage des Lares.

12°) Les événements attristants et soudains.

 LIVRE DES MORTS

Les Livres des Morts étaient placés dans les tombeaux et décrivaient les épisodes de la vie posthume. Il en existait de modestes dans lesquels le copiste se contentait de reprendre toujours à peu près les mêmes formules  et de magnifiques dans lesquels des artistes décrivaient aussi la vie du défunt et illustraient le texte de figures variées. L'usage du Livre des Morts fut surtout répandu en Egypte et au Thibet. Lorsqu'on parle du Livre des Morts égyptien, par exemple, on fait allusion au texte le plus courant faisant la base de tous les Livres des Morts usités en Egypte. Le Musée du Louvre, pour son compte, en possède plusieurs qui ne sont pas identiques. Ces livres ont un grand intérêt en ce qu'ils offrent un tableau précis des croyances de certains peuples concernant la vie de l'au-delà.

 LIVRES SAPIENTIAUX

On appelle ainsi une partie de l'Ancien Testament composée notamment des Psaumes de David, de l'Ecclésiaste, des Proverbes. On leur attribue une valeur philosophique et une valeur magique, avec raison d'ailleurs.

 LOGOS

Le Logos est à la fois le verbe et la loi. Il est à la fois la parole et l'ordonnance rationnelle que la parole introduit dans le monde.

 LOUNG-GOM-PA

Nom donné à des initiés thibétains qui, soumis à un entraînement préalable et grâce à la répétition de formules spéciales, parcourent à une vitesse anormalement rapide des distances de cent à deux cents kilomètres. Leur marche est bondissante et élastique ; très régulière, et peut se prolonger plusieurs jours et plusieurs nuits. Ils sont en état de transe et ne prennent, au cours de leur marche, ni nourriture, ni boisson. L'entraînement se fait rituellement en position assise, dans un cachot obscur, pendant plus de trois ans. Les lamas éclairés n'accordent d'ailleurs aucune espèce d'intérêt à l'acquisition de ce pouvoir.

 LOUP

Chez les anciens Germains et chez les Scandinaves , le diable ou le mauvais principe était représenté par un loup énorme et béant.

A Quimper, en Bretagne, les habitants mettent dans leurs champs un trépied ou un couteau fourchu, pour garantir le bétail des loups et autres bêtes féroces.

Pline dit que si un loup aperçoit un homme avant qu'il en soit vu, cet homme deviendra enroué et perdra la voix; fable qui est restée en vigueur dans toute l'Italie.

En Espagne, on parle souvent de sorciers qui vont faire des courses à cheval sur des loups, le dos tourné vers la tête de la bête, parce qu'ils ne sauraient aller autrement à cause de la rapidité. Ils font cent lieues par heure; car ces loups sont des démons. La queue de ces loups est raide comme un bâ­ton, et il y a au bout une chandelle qui éclaire la route.

Il n'y a pas un homme à la campagne qui ne vous assure que les moutons devinent à l'odorat la présence du loup ; qu'un troupeau ne franchira jamais le lieu où l'on aura enterré quelque portion des entrailles d'un loup; qu'un violon monté avec des cordes tirées des intestins d'un loup mettrait en fuite tout le bercail. Des hommes instruits et sans préjugés ont vérifié toutes ces croyances et en ont reconnu l'absurdité. Kirker a répété à ce sujet des expériences démonstratives ; il a même poussé l'épreuve jusqu'à suspendre un coeur de loup au cou d'un mouton, et le pacifique animal n'en a pas moins brouté l'herbe

 LOUP-GAROU, ou LYCANTHROPE

Homme ou femme métamorphosé en loup par enchantement ou sorcellerie

( Voir dossier ).

 LOYER (PIERRE LE)

Sieur de la Brosse, conseiller du roi au siège présidial d'Angers, et démonographe, né à Huillé dans l'Anjou, en 1550, auteur d'un ouvrage intitulé : Dis­cours et histoires des spectres, visions et ap­paritions des esprits, anges, démons et âmes se montrant visibles aux hommes; divisé en huit livres, desquels, par les visions mer­veilleuses et prodigieuses apparitions ave­nues en tous les siècles, tirées et recueillies des plus célèbres auteurs tant sacrés que profanes , est manifestée la certitude des spectres et visions des esprits, et sont baillées les causes des différentes sortes d'apparitions d'iceux, leurs effets, leurs différences, les moyens pour reconnaître les bons et les mauvais et chasser les démons; aussi est traité des extases et ravissements ; de l'es­sence, nature et origine des âmes, et de leur état après le décès de leur corps; plus des magiciens et sorciers; de leur communica­tion avec les malins esprits; ensemble des remèdes pour se préserver des illusions et impostures diaboliques. Paris, chez Nicolas Buon, 1605, 1 vol. in-4-.

Ce volume singulier est dédié Deo optimo maxima ; il est divisé en huit livres, comme l'annonce le titre qu'on vient de lire. Le premier contient la définition du spectre, la réfutation des saducéens, qui nient les apparitions et les esprits; la réfutation des épicuriens , qui tiennent les esprits corporels , etc.

Le livre second traite, avec la physique du temps, des illusions de nos sens,des prestiges, des extases et métamorphoses des sorciers, des philtres.

Le troisième livre établit les degrés, charges, grades et honneurs des esprits ; les histoires de Philinnion et de Polycrite, et di­verses aventures de spectres et de démons.

Dans le livre suivant, on apprend à quelles personnes les spectres apparaissent; on y parle des démoniaques, des pays où les spectres et démons se montrent plus volon­tiers. Le démon de Socrate , les voix prodigieuses, les signes merveilleux, les songes diaboliques ; les voyages de certaines âmes hors de leur corps tiennent place dans ce livre.

Le cinquième traite de l'essence de l'âme, de son origine, de sa nature, de son état après la mort, des revenants.

Le livre sixième roule tout entier sur l'ap­parition des âmes; on y démontre que les âmes des damnés et des bienheureux ne reviennent pas; mais seulement les âmes qui souffrent en purgatoire.

Dans le septième livre, on établit que la pythonisse d'Endor fit paraître un démon sous la figure de l'âme de Samuel. Il est traité en ce livre de la magie, de l'évocation des démons, des sorciers, etc.

Le dernier livre est employé à l'indication des exorcismes, fumigations, prières et autres moyens anti-diaboliques. L'auteur, qui a rempli son ouvrage de recherches et de science indigérée, combat le sentiment ordi­naire qu'il faut donner quelque chose au diable pour le renvoyer.

« Quant à ce qui est de donner quelque chose au diable, dit-il, l'exorciste ne le peut faire, non pas jusqu'à un cheveu de la tête, non pas jusqu'à un brin d'herbe d'un pré ; car la terre et tout ce qui habite en elle appartient à Dieu. »

 LUBIN

C'est le poisson dont le fiel servit au jeune Tobie pour rendre la vue à son père. On dit qu'il a contre l'ophthalmie une grande puissance, et que son couur sert à chasser les démons

 LUCIDITE

Ce mot a une multitude de sens, dont quelques-uns sont passés dans le domaine courant : conscience normale opposée à folie, clarté d'esprit, etc... En outre, il désigne la voyance et, pour éviter toute confusion, on emploie plus souvent l'expression d'extra-lucidité, terme qu'il faut préférer et qui est plus juste que celui de voyance.

 LUCIFER

Le Prince des Anges (de Lux, lumière, et ferre, porter), devenu le chef des infernales cours et surnommé l'Ange des Ténèbres, par sa rébellion et son orgueil qui lui interdisaient de se mettre au-dessous du trône de Dieu.

Lucifer, foudroyé par Dieu, est le grand justicier de l'enfer, il préside à l'orient. Beau comme devait l'être le prince des anges, plein de charme, d'intelligence et de séduction, il était invoqué et nommé avant tout autre monarque infernal par les sorcières qui s'adressaient tout particulièrement à lui le lundi.

Il est évident que la lumière portée par Lucifer a une valeur symboli­que. Notamment, c'est de la lumière de l'intelligence qu'il s'agit et l'on donne généralement l'épithète de luciférien au péché d'orgueil déguisé sous une habileté mentale. Ce n'est pas là le seul sens qu'on attribue ordinairement à ce prince des démons, mais on le fait abusivement : quelques précisions sont nécessaires sur ce point.

1 °) Lucifer, Prince des Anges, porte la lumière : c'est-à-dire que près du trône de Dieu, symbole de l'existence universelle (l'Etre Suprême), Lucifer est la conscience de cet être et du même coup, l'accession à Dieu par la consciencialisation. On comprend, à partir de là, que ce symbolisme ramené aux dimensions de l'individu passe de l'élément luciférien à la prise de conscience du Moi avec le risque d'égotisme que comporte cette opération.

2 °) Lucifer cesse d'être Prince des Anges à partir du moment où il trouve dans sa conscience la « raison suffisante » de son existence. En transposant le symbolisme, cela veut dire que l'individu limitant l'existence à son Moi commet le péché majeur envers Dieu (ou le principe universel ou la substance primordiale, etc...). Mais à partir du moment où l'individu, par une déviation de la conscience aidée du pouvoir d'illusion que renferme l'inteIligence, se suffit de son moi, ou accorde à ce dernier une existence. Il commence à connaître l'angoisse. Analogiquement, la place de Lucifer est dès lors en enfer, mythe de projection de l'angoisse humaine.

3 °) A partir de ce temps, Lucifer cesse de porter son nom, il devient Satan (c'est-à-dire en hébreu : l'ennemi). En toute rigueur, le péché lui-même est donc satanique ; c'est le risque du péché la tentation qui est luciférien.

4 °) Cette idée de tentation, fondamentale dans le dogme judéo-chrétien, a présidé aux nombreuses transformations déjà signalées de tous les Dieux païens doués de facilité, d'aisance ou d'ampleur en diables variés. Lucifer, prince de la tentation, devait avoir quelque rapport avec Vénus, déesse du charme. La mythologie nous montre cette filiation de toutes sortes de façons, par exemple : le temple de Tartenus, dédié à Vénus, avait été érigé, selon Strabon, en l'honneur de Phosphoros leron, que les commentateurs ont gé­néralement traduit par Lucifer. C'est notamment l'interprétation qu'en donne Voltaire (pour cet auteur Lucifer correspond à Phosphore et Aurore). Par exemple encore, l'étoile que nous appelons maintenant Vénus s'est appelée Lucifer pendant toute l'Antiquité.

A la lumière de ces quelques remarques, on peut conclure que le mythe luciférien s'apparente moins au péché d'orgueil pris dans un sens moral qu'au risque métaphysique de non-consciencialisation. On comprend aussi que du point de vue du dogme chrétien, il était nécessaire de confondre en un seul personnage Lucifer et Satan et pourquoi la gnose fut considérée par l'Eglise comme le plus grand des sacrilèges. Enfin, on comprend pour-quoi le tandem mythique Lucifer-Vénus comporte, si l'on en dégage tout le point de vue moral et dogmatique, sa fécondité nécessaire. Pour illustrer cette conclusion d'une dernière considération, on peut remarquer que Dieu est Amour et Sagesse ; ces deux attributs correspondent respectivement à Vénus et Lucifer qui, réunis, constituent le maître-attribut de Dieu, qu'on peut aussi appeler Manifestation. Dieu ne peut se manifester que moyennant un risque, et ce risque constitue la vie avec ses deux attributs mineurs : la conscience et l'amour, écho du maitre-attribut divin.

Nous ajouterons encore que, pendant l'ère du Père, où il n'a été parlé que de la sagesse de Dieu, puis l'ère du Fils, pendant laquelle l'accent a été mis sur l'amour de Dieu, les dogmes devaient laisser occulte la signification du symbole luciférien. Il est certain que la conscience de la chré­tienté n'en est pas encore à pouvoir considérer que les risques inhérents à la manifestation soient inscrits dans l'ordre divin et soient à ce titre dignes du même amour que l'ensemble de l'Etre suprême. Il fallait (comme nous le développons à propos du Saint-Esprit) que l'humanité projette l'angoisse procédant du risque métaphysique sur les notions du Bien et du Mal. La désoccultation de ces mythes et des personnifications correspondantes annoncée d'ailleurs par les Ecritures s'opérera à la conjonction du Divin et du Manifesté, conjonction qui s'opérera dans le concret, dans la troisième ère placée sous le signe du Paraclet.

LULLE ( Raymond )

Raymond Lulle naquit à Palma dans l’île Majorque en 1235. Son père, sénéchal de Jacques 1er d’Aragon, le destinait à la carrière des armes. La jeunesse de R. Lulle fut turbulente et licencieuse, le mariage ne modifia pas sa conduite, mais à la suite d’un violent amour terminé d’une façon malheureuse, il renonça au monde et après avoir partagé ses biens entre ses enfants, il se retira dans la solitude. C’est alors qu’il forme le projet de convertir les infidèles, ce sera là la grande idée à laquelle il consacrera toute sa vie. Pour apprendre l’arabe, il achète un esclave musulman, mais celui-ci ayant deviné le but de son maître, tente de l’assassiner. A peine rétabli, Raymond Lulle fonde un monastère où l’on enseigne l’arabe, où l’on forme des missionnaires. Puis il parcourt l’Europe s’adressant aux papes, aux rois, aux empereurs, demandant aux uns leur autorité morale, aux autres des secours en argent pour faire fructifier son oeuvre.

C’est dans ces pérégrinations qu’il se mit en relations à Paris avec Arnauld de Villeneuve et Duns Scot. Il visite l’Espagne, l’Italie, la France, l’Autriche. Joignant l’exemple à la parole, il passe deux fois en Afrique, est condamné à mort à Tunis, et n’échappe que grâce à la protection d’un savant arabe qui l’avait pris en affection.

En 1311, nous le trouvons au concile de Vienne.

C’est là qu’il reçut une lettre d’Edouard Il. Ce prince, se montrant favorable à ses projets, R. Lulle va en Angleterre. Le roi le fait enfermer dans la tour de Londres et le force à faire le grand-œuvre. Raymond Lulle change en or des masses considérables de mercure et d’étain, cinquante mille livres, dit Lenglet Dufresnoy. De cet or on fit les nobles à la rose ou Raymondines Craignant pour sa vie, R. Lulle s’échappe de Londres et retourne en Afrique. A peine débarqué, il se met à prêcher, la populace indignée de son audace, le lapide. La nuit suivante des Gênois l’enlevèrent respirant encore de dessous un monceau de pierres et le portèrent à bord de leur vaisseau, mais il mourut en vue de Palma; il fut enterré dans le couvent des franciscains de cette ville (1313).

Principaux ouvrages : Codicillus seu vade mecum, Testametum, Mercuriorum liber, Clavicula, Experimenta, Potestas divitiarum, Theoria et practica, Lapidarium,Testamentum novissimum, etc.

 LUNE

Ce terme, qui désigne notre satellite, sert à définir analogiquement un processus et un pôle directeur des éléments suivant ce processus. Le processus lunaire est carac­térisé par une propension à absorber et par une inconsistance toute spéciale. Le mythe lunaire comporte l'énorme part du rêve, la dépendance par rapport à un pôle masculin ou positif, la passivité doublée d'une sensibilité extrême. Ces considérations contribuent à faire appliquer la notion de processus lunaire à des choses miroitantes et irréelles comme la surface de l'eau, à la foule, aux personnes passives, végétatives et inconsistantes, aux côtés vides des objets disparates, à l'avidité du lymphatisme, au côté anonyme de la mer ou de la multitude. Instable et influençable, ce qui procède du processus et du symbolisme lunaires est par nature tributaire comme un reflet, étanche comme une goutte d'eau et transparent comme elle, féminin et acca­parant autant que fantasque et insaisissable.

II y a, dans le détail, des correspondances consacrées ; l'astrologie a, par exemple, fixé les attributs classiques du symbole lunaire : froid, humidité, féminité, négativité participant aussi de la symbolique du Cancer. Si l'on transpose à l'échelle de l'individu tout ce qui concerne le processus lunaire, on retrouve les caractéristiques du type lunaire, tel que nous l'avons esquissé dans l'article consacré à la typologie.

 LUNE ( MONT DE LA )

En chiromancie, on appelle Mont de la Lune le relief cutané correspondant à l'éminence hypothénar. Ce mont, lorsqu'il est très développé, indique une imagination riche ; si de surcroît, il est ferme, cette imagination sera créatrice. Mou, le Mont de la Lune in­dique un tempérament lymphatique et une tendance à la rêverie. D'autres signes conjugués peuvent en faire l'indice d'un esprit poétique. Au centre de ce mont se situe « le génital ». On y lit surtout les incidents, accidents ou vicissitudes de l'appareil génital ; ce même lieu, lorsqu'il s'agit de voyages, représente l'eau ou la mer.

 LYCANTHROPIE

Voir Loup-Garou.

 LUTSCHIN

Au pied du Lutschin , rocher gigantesque de la Suisse, coule un torrent ou se noya un fratricide en voulant laver son poignard ensanglanté. La nuit, à l'heure où le meurtre fut commis, on entend encore près du torrent des soupirs et comme le râle d'un homme qui se meurt. On dit aussi que l'âme du meurtrier rôle dans les environs, cherchant un repos qu'elle ne peut trouver.

 LYCAON

Fils de Phoronée, roi d'Arcadie, à laquelle il donna le nom de Lycaonie. Il bâtit sur les montagnes la ville de Lycosure, la plus ancienne de toute la Grèce, et y éleva un autel à Jupiter Lycaeus , auquel il commença à sacrifier des victimes humaines. Il faisait mourir, pour les manger, tous les étrangers qui passaient dans ses Etats. Jupiter étant allé loger citez lui, Lycaon se prépara à ôter la vie à son hôte pendant qu'il serait endormi; mais auparavant il voulut s'assurer si ce n'était pas un dieu, et lui fit servir à souper les membres d'un de ses hôtes , d'au­tres disent d'un esclave. Un feu vengeur, allumé par l’or­dre de Jupiter, consuma bientôt le palais, et Lycaon fut changé en loup. C'est le plus ancien loup-garou.

 LYCHNOMANCIE

Divination qui se faisait par l'inspection de la flamme d'une lampe; il en reste quelques traces.Lorsqu'une étincelle se détache de la mèche, elle an­nonce une nouvelle et la direction de cette nouvelle.

 LYNX

Les anciens disent des merveilles du lynx. Non­seulement ils lui attribuent la faculté de voir à travers les murs, mais encore la vertu de produire des pierres précieuses. Pline raconte sérieusement que les filets de son urine se transforment en ambre, en rubis et en escarboucles. Mais il ajoute que , par un sentiment de jalousie, cet animal avare a soin de nous dérober ces richesse; en couvrant de terre ses précieuses évacuations. Sans cela nous aurions pour rien I'ambre, les rubis et les escarboucles.